WordPress 7.0 sort le 9 avril 2026. Après une année 2025 paralysée par le conflit juridique entre Automattic et WP Engine, cette version marque le vrai démarrage de la Phase 3 du projet Gutenberg — celle qui transforme WordPress d’un outil d’édition solo en plateforme collaborative. La Beta 1, disponible depuis le 19 février, confirme l’ampleur du chantier : édition en temps réel multi-utilisateurs, infrastructure IA native, refonte progressive de l’administration, et montée en version PHP. Voici ce que WordPress 7 change concrètement pour les développeurs, les agences et les utilisateurs finaux.

Pourquoi WordPress 7 arrive avec un an de retard ?
Le calendrier initial prévoyait trois releases majeures en 2025 : WordPress 6.8 en avril, 6.9 en août, et 7.0 en novembre. Seule la première a tenu ses promesses. Le conflit entre Matt Mullenweg et WP Engine a absorbé une énergie considérable au sein de la communauté, conduisant Mary Hubbard, directrice exécutive du projet, à annoncer mi-2025 qu’aucune release majeure supplémentaire ne sortirait avant 2026.
Automattic a parallèlement mis en pause ses contributions au core WordPress — un coup dur quand on sait que l’entreprise représente historiquement l’un des plus gros contingents de contributeurs. Les développeurs affectés au projet se sont retrouvés détournés vers les affaires juridiques. WordPress 6.9 « Gene » a fini par sortir en décembre 2025, non pas comme la release transformatrice espérée, mais comme un stabilisateur technique : corrections de dette, première brique de collaboration avec les Notes, et fondations pour l’Abilities API.
Ce retard a paradoxalement permis à WordPress 7.0 d’arriver plus mature. Les fonctionnalités ont eu le temps de décanter. Le plan publié par Matías Ventura, architecte principal de Gutenberg, positionne cette version comme un « point de rassemblement » pour les contributeurs plutôt qu’une promesse figée — une approche plus réaliste que les roadmaps ambitieuses du passé.
Phase 3 : la collaboration au cœur de WordPress 7
WordPress 7.0 inaugure officiellement la Phase 3 du projet Gutenberg. Après le Block Editor (Phase 1, WordPress 5.0) et le Full Site Editing (Phase 2, abouti dans WordPress 6.3), cette troisième phase vise un objectif précis : faire de WordPress une plateforme où les équipes travaillent ensemble nativement, sans recourir à Google Docs pour la rédaction, Slack pour les retours, et Trello pour les workflows.
L’édition en temps réel : promesse et réalité technique
La fonctionnalité phare annoncée pour WordPress 7 est l’édition collaborative en temps réel, à la manière de Google Docs. Plusieurs utilisateurs pourraient modifier simultanément le même article, voir les curseurs des autres, et observer les changements apparaître instantanément.
Matías Ventura a confirmé que le travail côté éditeur est « en très bonne forme », avec des patterns d’interface et des mécaniques de diff déjà fonctionnels. Le problème se situe ailleurs : l’infrastructure serveur.
Google Docs fonctionne parce que Google contrôle toute la chaîne technique. WordPress, lui, doit tourner partout — du mutualisé à 3 € par mois jusqu’aux environnements enterprise. L’édition temps réel repose sur des connexions WebSocket persistantes, que la majorité des hébergements PHP partagés ne supportent pas.
WordPress VIP a open-sourcé une implémentation WebSocket qui fonctionne pour ses clients enterprise. Mais comme l’a souligné Riad Benguella, lead développeur Gutenberg, il faut une couche de communication alternative compatible avec n’importe quelle installation WordPress, tout en permettant aux hébergeurs de proposer des solutions plus performantes.
En pratique, la collaboration temps réel risque d’arriver dans WordPress 7.0 sous une forme de base — probablement du long-polling comme fallback — avec des performances nettement meilleures sur les hébergements managés. Ce n’est pas un échec : c’est la réalité de l’écosystème WordPress, qui doit concilier universalité et innovation.
Les Notes : la collaboration asynchrone qui fonctionne déjà
Moins spectaculaires mais immédiatement utiles, les Notes représentent la première brique collaborative réellement livrée. Introduites dans WordPress 6.9, elles permettent d’ajouter des commentaires directement sur les blocs dans l’éditeur — un système de revue éditoriale intégré.
WordPress 7.0 enrichit considérablement ce système. Les fragment notes permettent désormais de sélectionner un passage de texte spécifique dans un paragraphe pour y associer un commentaire, au lieu de commenter un bloc entier. Les mentions avec « @ » arrivent, ainsi que les notifications digest et un affichage optimisé pour les grands écrans.
Techniquement, chaque note est stockée comme un WP_Comment de type « note », ce qui signifie que les développeurs peuvent y accéder via les API de commentaires existantes. Pour un studio qui gère des dizaines de sites clients, cette approche s’intègre naturellement dans les workflows éditoriaux sans plugin tiers.
La refonte de l’administration: un premier « coup de peinture »
Le dashboard WordPress n’a pas connu de refonte majeure depuis WordPress 3.8, il y a plus d’une décennie. La modernisation de l’administration fait partie de la Phase 3, mais elle progresse délibérément — et c’est tant mieux.
Lors du meeting des Core Committers fin 2025, les participants ont été clairs : pas de refonte complète, mais un « nouveau coup de peinture » pour homogénéiser les écrans existants. WordPress 7.0 apporte une typographie plus propre, des espacements cohérents, du filtrage inline sans rechargement de page, et un alignement visuel entre l’éditeur de blocs et les écrans d’administration classiques.
DataViews : l’avenir des listes d’administration
Le composant DataViews, introduit dans les versions récentes, continue de remplacer progressivement les traditionnelles WP List Tables. WordPress 7.0 ajoute un layout « activity » et pose les bases pour l’enregistrement de types tiers dans les releases futures. DataForm s’enrichit d’un layout « details », de nouveaux contrôles et d’un support de validation étendu.
Pour les développeurs de plugins qui modifient les vues de listing (articles, pages, médias), c’est un point de vigilance. Les plugins qui hookent dans les écrans d’administration traditionnels risquent de nécessiter des mises à jour. La période entre la Beta 1 (19 février) et la release finale (9 avril) est le moment critique pour tester la compatibilité.
Traitement média côté client : moins de charge serveur
WordPress 7.0 introduit le traitement média côté client, en exploitant les capacités du navigateur pour des tâches comme le redimensionnement et la compression d’images. Cette approche présente trois avantages concrets : utilisation de formats d’image plus avancés et de techniques de compression modernes, réduction de la charge sur le serveur web, et workflow média plus fluide pour les contenus existants comme les nouveaux.
Pour les hébergeurs et les administrateurs système, c’est une bonne nouvelle — moins de processing PHP signifie plus de marge de manœuvre côté serveur, surtout sur les environnements mutualisés. Pour les développeurs de plugins de gestion média, il faudra vérifier la compatibilité avec ce nouveau pipeline.
L’éditeur toujours en iframe : ce que ça change pour les développeurs
WordPress 7.0 impose l’éditeur d’articles en iframe permanent, quel que soit la version de l’API block utilisée. Depuis plusieurs versions, tous les éditeurs basés sur les blocs (template, site) fonctionnaient en iframe pour séparer les styles UI des styles de blocs et thèmes. L’éditeur d’articles faisait exception pour les blocs utilisant la version 2 de l’API block.
Ce changement technique peut sembler anodin pour les utilisateurs finaux, mais il impacte les développeurs dont les blocs personnalisés accèdent au document global en JavaScript ou en CSS. Un guide de migration est disponible dans le handbook WordPress pour adapter les blocs concernés.
PHP 7.4 minimum : la fin d’une époque
WordPress 7.0 abandonne officiellement le support de PHP 7.2 et 7.3 pour fixer le minimum à PHP 7.4. La version recommandée reste PHP 8.3 pour des performances et une sécurité optimales.
La décision suit la politique du projet : retirer les versions PHP dont l’usage combiné tombe sous les 5 %. Les données récentes montrent que PHP 7.2 et 7.3 représentent moins de 4 % des installations monitorées. PHP 7.4 a atteint sa fin de vie en novembre 2022 — ce ménage était attendu depuis longtemps.
Si votre hébergement tourne encore en PHP 7.3 ou inférieur, WordPress 7.0 ne s’installera tout simplement pas. C’est le moment de monter en version ou de changer d’hébergeur. Pour ceux qui sont déjà en PHP 8.x, aucune action n’est nécessaire — vous profiterez des optimisations de typage et de performances que cette montée en version minimale permet dans le core.
Contexte politique : où en est le conflit Automattic / WP Engine ?
On ne peut pas parler de WordPress 7 sans évoquer l’éléphant dans la pièce. Le conflit entre Matt Mullenweg et WP Engine a marqué l’année 2025 plus profondément que n’importe quelle feature technique.
Rappel des faits : en septembre 2024, Mullenweg qualifie publiquement WP Engine de « cancer de WordPress », reprochant à l’hébergeur de profiter de l’écosystème sans contribuer suffisamment en retour. Derrière le discours, une demande de redevance de 8 % sur les revenus liés aux marques WordPress. WP Engine riposte par un procès en octobre 2024, invoquant abus de pouvoir, diffamation et pratiques anticoncurrentielles.
L’escalade a eu des conséquences directes sur le projet. Automattic a réduit ses contributions au core pour les aligner sur celles de WP Engine (45 heures par semaine), puis licencié 16 % de ses effectifs en avril 2025. Des contributeurs historiques ont vu leurs comptes WordPress.org bloqués. L’accès de WP Engine à WordPress.org a été temporairement coupé avant qu’un juge ne le rétablisse par injonction préliminaire en décembre 2024.
En février 2026, le conflit reste ouvert. La majorité des plaintes de WP Engine ont survécu à la motion de rejet d’Automattic. WP Engine a déposé une plainte amendée de 175 pages intégrant des éléments issus de la phase de discovery. Un procès devant jury est programmé pour février 2027.
Ce qui compte pour la communauté WordPress : malgré cette turbulence, le projet a retrouvé un rythme de contribution suffisant pour relancer une cadence de trois releases majeures en 2026. L’affaire a aussi accéléré les réflexions sur la gouvernance du projet — la question de savoir si une seule entreprise devrait contrôler WordPress.org reste ouverte et légitime.
En tant que fondateur de WPServeur, j’observe cette situation depuis le cœur de l’écosystème francophone. Le conflit a créé de l’incertitude chez les hébergeurs spécialisés WordPress et chez les agences qui dépendent de la stabilité du projet. La reprise d’un cycle de releases normal avec WordPress 7.0 est un signal rassurant, mais la question de la gouvernance à long terme reste un sujet que toute la communauté doit suivre de près.
Calendrier 2026 : trois releases majeures au programme
WordPress retrouve sa cadence historique avec trois versions majeures en 2026, chacune alignée sur un événement communautaire majeur :
WordPress 7.0 sort le 9 avril 2026, lors du WordCamp Asia à Mumbai. WordPress 7.1 est prévu pour le 19 août, coïncidant avec le WordCamp US, avec un focus attendu sur les workflows média et des permissions utilisateur plus granulaires. WordPress 7.2 clôturera l’année vers décembre, au moment du State of the Word, avec des améliorations de collaboration basées sur les retours de 7.0/7.1 et les premières fondations de la Phase 4 — le multilingue natif.
Ce que WordPress 7 signifie pour votre workflow
Pour les développeurs
La priorité immédiate est le test. Entre le 19 février (Beta 1) et le 9 avril (release finale), il faut valider la compatibilité de l’intégralité du stack : thèmes, plugins, code personnalisé. Les points de vigilance principaux sont la compatibilité PHP 7.4 minimum, l’impact de l’éditeur toujours en iframe sur les blocs custom, la transition DataViews pour les plugins qui modifient les listes d’administration, et le nouveau pipeline de traitement média côté client.
Installez le plugin WordPress Beta Tester sur un environnement de staging, jamais en production. Testez les workflows critiques : publication, formulaires, checkout e-commerce, gestion des médias.
Pour les agences
WordPress 7.0 change la dynamique de la collaboration client. Les Notes intégrées à l’éditeur peuvent remplacer les aller-retours sur Google Docs pour les validations de contenu. La collaboration temps réel, même dans sa forme initiale, réduit les conflits de version quand plusieurs rédacteurs interviennent sur le même contenu.
Côté facturation, prévoyez du temps de mise à jour et de test pour les sites clients. Les sites utilisant des plugins qui modifient l’administration (custom post types, page builders avec panneaux admin custom) méritent une attention particulière.
Pour les utilisateurs finaux
L’impact le plus visible sera dans l’éditeur : possibilité de laisser des commentaires contextuels sur le contenu, interface d’administration plus cohérente et moderne, et gestion des médias plus fluide. Si vous travaillez en équipe sur un site WordPress, c’est la première version qui prend vraiment ce besoin au sérieux.
Vérifiez auprès de votre hébergeur que votre version PHP est à jour. Si vous êtes en PHP 7.3 ou inférieur, planifiez la montée en version avant avril 2026.
Ce qu’on attend encore…
WordPress 7.0 pose des fondations solides, mais certains chantiers restent en cours. Le multilingue natif, évoqué régulièrement depuis la Phase 4 de la roadmap Gutenberg, n’est pas au programme de cette version. La refonte complète de l’administration arrivera progressivement sur les prochaines releases. L’intégration IA, via l’Abilities API et le MCP Adapter, fait l’objet d’un article dédié — c’est probablement le changement le plus structurant pour l’avenir de WordPress, et il mérite un traitement approfondi.
WordPress 7.0 n’est pas une révolution visuelle. C’est une version d’infrastructure qui prépare WordPress pour les cinq prochaines années. La collaboration, la modernisation de l’administration, le traitement média repensé et le socle IA forment un ensemble cohérent. Après la turbulence de 2025, c’est exactement ce dont le projet avait besoin : moins de drama, plus d’ingénierie.


